Frisouille
Lætitia Paviani, février 2014

Salut

Salut toi

Salut

C'est à moi ça.
Nan !
C'est à moi.
Donne-le-moi.
Nan !
C'est à moi ça.
Nan !
J'ai 3 ans.
Nan.
J'ai 3 ans, tu me crois pas ?
Nan c'est pas ça 3 ans.
J'ai 3 ans !
C'est pas vrai !
J'ai 3 ans moi !
Nan !
C'est vrai ou c'est pas vrai ?
C'est pas vrai !
Tu me crois pas que j'ai 3 ans ? (Fait la moue). Je vais pleurer.
Hahaha !
Je pleure (Fait la moue à nouveau. Pleure). Houhouhouhouhou.
Hahaha !
Je m'appelle petit Kiki (Bouche en coeur).
Hahaha ! Nan !
Je m'appelle petit Kiki (Bouche en coeur).
Hahaha ! Nan !
Je dors. (Ferme les yeux) (Rouvre les yeux) Je dors.
Naaan … !
Je dors. (Ferme les yeux)
Nan … !
Aaaaah, ça y est je suis réveillé.
Hahaha !
Salut.

Salut toi.

Salut.

Voilà c'est ce que j'entends par frisouille.
Un vieux qui fait croire à des enfants qu'il a 3 ans et qu'il s'appelle … comment tu dis … petit … Kiki ?
Oui mais pas seulement. C'est la forme qu'a pris cette petite conversation inattendue, mais admettons que ce soit moi la frisouille maintenant.
Allons bon.
Imagine.
Oui.
Je suis le poil bouclé le cheveu crépu je suis la mèche.
Ah.
Je suis l'accroche-coeur l'anglaise la bouclette tu me suis ?
J'essaye.
Je suis le cycle le détour le looping les méandres je suis le trait de crayon infini qui s'enroule sur lui-même je suis le gribouillis qui part à l'aventure vivre l'aventure sa propre aventure le gribouillis projeté en désordre vers un destin duveteux je suis dense et laineux je suis touffu je fusionne tu me vois là ici tu me vois j'avance en pagaille partout en pagaille mais j'avance vers toi et toi …
Je te vois venir.
Toi …
Oui, moi, laisse-moi deviner, moi, je suis le cheveu raide, le trait sévère qui biffe, le chemin le plus court, je suis l'àcoup, l'ennui, etc.
Voilà et alors moi je progresse je me détends je me définis dans le temps même où je te parle là comme ça tu me vois comme je me détends comme je me définis moi-même je te vois je vais je vois que tu ne vois pas très bien mais j'y vais tu vois bien encore que je vois bien je vois tout ça mais aussi bien derrière que devant je tourne surtout je tourne autour je tourne tourne tourne tourne je tourne je tourne hahaha je m'amuse hahaha que c'est amusant haha je frise je me retourne je boucle je me détends et à nouveau je frise je boucle encore je frise oui oui le ridicule hop olala j'abuse non j'assume mais wrouf wrouf wrouf gliss gliss ah que c'est amusant ce que je m'amuse ce que je ah hop ce que je m'amuse hop hop hop gliss gliss wrouf …
Bon et qu'est-ce que tu vois ?
Tout oui c'est ça haha tout je vois tout quoi et tout en même temps partout dans tous les sens mon champ de vision est infini le champ des possibles ma vison c'est ça tout est possible est infinie ici là de tous les côtés je tourne je tourne je tourne je cours dans le champ wrouf wrouf des possibles wrouf je tourne wrouf dans le champ je vois partout les possibles tout tout tout tout vient à moi et je vais vers tout vers tout vers toi tout près je tourne autour de toi je te vois toi je te vois tout tout en toi tout autour de toi qui es là tout près tout raide tout en toi tu es là tout raide raide tout raide wrouf wrouf wrouf gliss
OK stop !
Je ne peux pas je ne peux plus plus je ne peux plus je ne peux pas plus m'arrêter ha ha hihi hou !
Allez laisse tomber tu m'énerves.
Wrouf wrouf wrouf gliss gliss gliss frizz
Bon alors c'est quoi cette histoire de frisouille ?
Attends comme ça c'est mieux si tu ah comme ça là c'est mieux je vais je ne vais plus je maîtrise je vais plus lentement là comme ça tu vois tu vois comme ça là oui je tourne tout doucement comme ça voilà non c'est mieux hein comme ça là hein c'est mieux non
Oui, oui, c'est mieux, mais ça reste très très agaçant.
Oh arrête de oh de te oh de tout le temps de te plaindre là tout le temps là wrrouizzz
Mais c'est toi aussi, tu t'arranges toujours pour avoir le meilleur rôle celui du plus sympa, du plus cool, du plus rigolo.
Mais c'est pas vrai mais c'est pas du tout mais c'est pas vrai tiens si on prend si on prend attends attends maintiens moi la main là tiens tiens moi comme ça que j'arrête de de tourner un peu voilà regarde si on prend si on prend comme ça là si on prend je ne sais pas des mots une liste de mots des mots associés aux cheveux aux cheveux lisses et aux cheveux frisés le lisse le cheveu lisse qu'est-ce ça dit par exemple le cheveu lisse c'est toi le cheveux lisse ça dit ça dit ça ça dit
discrétion ça dit chic ça dit élégance ça dit beauté.
Mmm …
Ah mais si et oui et ça dit aussi douceur ça dit moderne ça dit hygiène et ça dit ordonné et « le lisse ça avantage dans une soirée prestige » ! ah et ça dit long parce que c'est élégant ça dit désirable aussi oui ça dit tout haut et partout « désir du lisse » !
Allez arrête.
Alors que cheveu frisé qu'est-ce que ça dit cheveu frisé le cheveu frisé ça dit indiscipline indocilité ça dit cheveu d'esclave ça dit pauvre populaire ça dit « cheveu-bois » mauvaise herbe « petit casque » ça dit tignasse touffe cheveux en bataille ça dit archaïque et ça dit brut ça dit indésirable ça jure et ça crache « rejet du crépu » ! Alors c'est qui wrouf le plus sympa ?
Je ne t'écoute plus.
Parfait dans ce cas j'en profite pour te raconter une histoire de Susan Straight relevée dans un Reader's digest de 2002 par Juliette Sméralda, cette sociologue martiniquaise qui a établi les deux listes de mots, ceux que je viens de te donner, ces mots associés à lisse et à crépu qu'elle avait recueillis d'après des témoignages pour son livre Du cheveu défrisé au cheveu crépu, Éditions Publibook, Paris, 2012, et où elle cite aussi Susan Straight, donc.

C'est ça ou …

Mais tu préfères peut-être que …

Tu préfères peut-être que je t'explique …

Que je t'explique comment je fais pour définir mes boucles parce qu'on me demande souvent comment je fais pour définir mes boucles.

OK, je veux bien te dévoiler mes astuces pour définir mes boucles : Tous les mois je fais un masque qui détend mes boucles, qui les définit, qui les gaine et qui les rend plus fortes. Ensuite toutes les semaines je trempe mes boucles dans un bain d'huile ça me permet de démêler mes cheveux et de redéfinir mes boucles. Sous la douche, j’applique la méthode du scrunching que je fais depuis un an. Cette méthode m'aide à définir mes boucles, je te la conseille vivement. Sinon, tous les trois jours, j’applique un spray capillaire bouclant toujours en appliquant la méthode du scrunching, que je te conseille vivement. Cela permet de fixer les frisottis mais aussi de maintenir et de redéfinir les boucles. Alors tu vas me dire, mais qu'est-ce que c’est long de faire tout ça ! Mais en réalité ça ne l’est pas du tout et c’est très rapide. Et quoi qu’il en soit, un moment pour définir ou redéfinir ses boucles n'est pas une contrainte mais un moment de …
Stop ! L'autre. Je préfère l'autre.
Très bien. Alors, un jour, en été, ça se passe en été, Gaila, une des trois filles de Susan Straight, il y a, Gaila, Delphine et Rosette, elles sont toutes les trois métis avec les cheveux crépus et elle, Susan Straight elle est blanche et blonde et elle a les cheveux raides, Gaila, donc, rentre d'une fête d'anniversaire où elle a passé des heures à s'amuser dans une piscine.
Elle sanglote à chaudes larmes parce que ses cheveux ont drôlement rétréci alors qu'avant elle les portait hyper long et qu'ils lui balayaient la taille et que là maintenant ils sont tout emmêlés et qu'ils lui touchent à peine les épaules. Du coup on va trouver Julie la voisine d'en face, qui sait natter et démêler parce qu'elle était la seule blanche dans l'équipe d'athlétisme de son lycée texan et toutes, elles se collent sous la véranda, Gaila, Susan Straight, Julie, la voisine texane, Delphine et Rosette, toutes aussi serrées que tous les cheveux sur la tête de Gaila,. Et Susan et Julie s'attaquent aux cheveux tout spongieux et tout fusionnés de Gaila. Elles séparent les boucles avec un peigne, avec Gaila qui pleure, Delphine qui lui tient la main et Rosette qui chante. Et pendant tout ce temps, qu'est-ce qu'elles font toutes les cinq toutes agglutinées dans la véranda, elles démêlent et mêlent leurs bavardages, elles discutent, elles se racontent des trucs. Par exemple un livre que Julie vient de finir et qui parle d'Henri VIII et de ses six femmes. Alors si on était une
femme à cette époque-là, on était soit malade, soit enceinte, soit morte ou enfermée dans une tour relève pensivement Delphine, tandis que Gaila elle, souffle qu'elle est bien contente de vivre à notre époque en se crispant de douleur. Rosette rien à faire elle aime les princesses, Julie sirote son thé glacé et Susan Straight elle, elle sent la main de Rosette sur sa cuisse, les épaules de Gaila contre ses genoux et la respiration de Delphine dans son cou. Et pendant que ses doigts n'arrêtent pas de tresser, tresser, Susan se fait la réflexion qu'elle a conscience, elle, de tout ce qui se tisse dans chacune des minutes qu'elles passent là toutes ensemble à tresser, à tisser, à dénouer la matière frisée, les cheveux bouclés, tu me vois là, tu me vois venir ?
C'est encore très flou.
C'est dommage parce que : La joie de regarder et de comprendre est le plus beau cadeau de la nature.
Ha non pas ça !
Apprendre d'hier, vivre aujourd'hui, espérer pour demain.
Non, non, pitié, pas de citations d'Einstein !
Le plus beau sentiment du monde, c’est le sens du mystère, celui qui n'a jamais connu cette émotion, ses yeux sont fermés.
Je t'en supplie, stop, finissons-en avec cette histoire de frisouille.
top-citations.com
Quoi ?
Quelle histoire ?
Mais ton histoire, tu tournes autour du pot depuis tout à l'heure. Je ne peux pas en placer une.
Je ne vois pas de quoi tu parles, quel pot ?
Mais si, tu tournes, tu tournes, tu glisses, wrouf, wrouf.
Et alors ?
Donne-moi ça !
Nan.
Donne-moi ça !
Nan, c'est à moi ! Aïe !
Je l'ai !
Rend-le-moi !
Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Ah non arrête de pleurnicher, c'est à moi maintenant. Qu'est-ce que c'est ? C'est une histoire ? Comment ça non ? Ça part dans tous les sens mais ça m'a tout l'air de raconter quelque chose. Là ! Regarde tout ça là. Et çà. Il y a comme une vue d'ensemble. Je vais raconter ce que je vois. Si. Et pourquoi pas ? Mais bien sûr que je vais faire semblant. On va partir de là. Comment ça qu'est-ce que j'entends par là ? Bon je commence. « C'est le commencement qui est aventureux » c'est ce que disait Jankelevitch en 1973, dans L'Aventure, l'Ennui et le Sérieux, qui n'a rien à voir avec un western, non, c'est un livre. L'aventure, l'ennui et le sérieux sont pour lui trois manières dissemblables de considérer le temps. « Dans le désert informe, dans l'éternité boursoufflée de l'ennui, l'aventure circonscrit ses oasis enchantées et ses jardins clos; mais elle oppose aussi à la durée totale du sérieux le principe de l'instant. Redevenir sérieux, n'est-ce pas quitter pour la prose amorphe de la vie quotidienne ces épisodes intenses, ces condensations de durée qui forment le laps de temps aventureux? ». Détends-toi. Ferme les yeux, tu comprendras plus tard. Je continue? Donc pour certains le temps aventureux est immédiat, tandis que d'autres au contraire le trouvent un peu long, c'est le cas de Titaÿna Sauvy lorsqu'elle écrit « La vie en forêt est une drogue », c'est dans Une femme chez les chasseurs de têtes, 1934. Et elle raconte pourquoi : « De la fatigue causée par la fièvre, les sangsues, de l'épuisement consécutif à l'insomnie, à la chaleur, aux bêtes, naît un abandon à la monotonie des heures, semblable à celui de l'opium. Comment quitter la mort quotidienne de cet isolement dont les préoccupations se réduisent à des besoins d'animaux ? Engourdie depuis l'aube par le balancement de la pirogue, le bercement des chants, la somnolence de l'anémie, il m'arrive le soir de songer : déjà ! quand mes rameurs accostent des arbres flottants après 10 heures de voyage ». Pour Sauvy, le temps aventureux est long et lent à crever, pour Jankelevitch il est vécu au présent et il n'est pas sérieux. Moi j'aurais tendance à penser que le temps aventureux c'est les deux, qu'en fait il boucle, il frise, comme ici, qu'il est tout à la fois le détour et le retour sur soi rassemblés dans l'instant, et qu'il est d'un ressort infini. Je me dis que la réalité d'une aventure a beau s'étirer sans limites, il n'empêche qu'elle tient dans le récit tirbouchonné et entortillé qu'on en fait ou dans le souvenir qu'on en a, dans un temps ramassé et crépu. Mais l'aventure, avant tout, et garde bien ça à l'esprit, c'est l'imprévisible, l'inattendu, ce qu'on ne pré-voit pas et ce qu'on n'attend pas. Tu m'écoutes ? Bon, voyons ce qui vient à nous. Je me lance. Lorsqu'il était enfant … Si c'est une histoire vraie ? Je ne sais pas, on verra bien. Alors … Lorsqu'il était enfant, William Beebe disparaissait la plupart des après-midi. Il faut que je trouve le ton. Lorsqu'il était enfant. Chut ! Je ne vais pas y arriver si tu … C'est bon, ça y est, tu es prêt ? Je recommence. Lorsqu'il était enfant William Beebe disparaissait la plupart des après-midi et il disait que c'était pour contempler le coucher du soleil et écrire ensuite dans son journal comment il le voyait. C'était un drôle d'enfant. Un jour il est revenu chez lui en courant hors d'haleine. Concentre-toi. Hors d'haleine. Et plein d'effroi. Il était bouleversé parce qu'il avait pris conscience de la terrible solitude d'un cerf-volant. Il semblait vivre dans un monde différent où tout était encore à
découvrir et à décrire. Et c'est ce qu'il s'acharna à faire toute sa vie. En 1926… non, attends, en 1925, Beebe revêt pour la première fois un casque de plongée et découvre dans les eaux des îles Galapagos, et ça, c'est ce qu'il écrit dans le journal qu'il tient depuis son enfance, il écrit qu'il découvre dans ces eaux « des paysages océaniques et des créatures dont la beauté et le mystère rivalisent avec ce qu'il a déjà vu sur la terre ferme ». Il entame ainsi sa carrière sousmarine. Là je ne vois plus, on ne comprend plus rien. Bon je reprends ici. En l928, il se fait construire un véhicule pour ses expéditions, la Bathysphère, une chambre d'acier toute ronde avec un hublot de quartz de sept centimètres d'épaisseur, dans laquelle il pouvait atteindre des profondeurs encore jamais atteintes. Imagine-toi décrire quelque chose que tu vois pour la première fois et qui n'est comparable à rien de ce que tu as vu auparavant, atteindre des profondeurs encore jamais atteintes, c'est ça oui, quelque chose qu'avant toi personne d'autre n'a vu, et il se peut qu'à ce moment là tu ne soit pas sûr de ce que tu vois, ce qui est normal. Alors comment tu fais ? Voilà tu fermes les yeux, et c'est là, puis tu les rouvres et c'est toujours là. Moi il m'arrive de le faire aussi juste pour vérifier. Je ferme les yeux, tu es là, je les rouvre, tu es toujours là. Et après ? Après il faut choisir des mots pour décrire, on a le choix entre un corpus strict de termes techniques et la romance pittoresque d'un vocabulaire à soi, lié à des sensations personnelles et puis revenir en arrière, fermer les yeux, rouvrir les yeux, refaire une boucle et observer à nouveau. Vérifier que c'est toujours là, que tu es toujours là, toi, l'animal, toi la sensation, toi le truc à atteindre. William Beebe le faisait mieux que personne et il le raconte dans son journal : « Je fermais mes yeux ou je regardais à l'intérieur de la bathysphère, pour éviter l'éventuelle confusion entre ce que je venais d'observer et ce que je recherchais dans ma mémoire, et une nouvelle vision qui risquait de surgir. » Il cessait tout simplement d'observer pour y voir mieux, pour mieux comprendre. Il cessait de contrôler, de sur-veiller, il fermait les yeux pour être sûr d'y voir quelque chose. Couvrir pour mieux découvrir. Observer l'inconnu pour lui ne consistait pas à aller droit au but, ni à y voir très clair. Mais je vais reprendre l'image de l'oasis évoquée par Jankelevitch. L'oasis est souvent associée à une vision hallucinatoire, à l'irréalité d'un mirage, au bonheur inespéré après une longue et pénible errance, pourtant oasis signifie simplement "lieu d'habitation", ce qui n'est pas incompatible avec l'idée d'aventure si, pour "habiter l'aventure", comme le fait Beebe, on ferme tout simplement les yeux. J'en étais où ? Ah oui, ici, la plupart se moquaient des récits de Beebe, tout colorés qu'ils étaient de ses émotions excentriques, comme ce critique par exemple qui avait écrit dans une revue spécialisée sur l'ichtyologie et l'herpétologie : « Je suis obligé de penser que ce que l'auteur a vu n'est peut-être qu'un coelentère phosphorescent dont la lumière, les couleurs ont été embellies en passant devant le hublot de quartz chargé de l'haleine de Mr Beebe, parce qu'il s'y colle avec trop d'impatience. » Ce genre de sarcasmes de chroniqueur scientifique, Beebe en a essuyé toute sa vie, mais au fond, dans ce que dit celui-ci, il est question de la même chose. Le trouble et l'impatience produisent du doute qui est identifié comme la vison espérée, un tout nouveau réel. Le flou et la hâte qui se mêlent de découverte, tu vois le tableau : le brouillon dans le brouillard. Alors, tiens, parlons du Brouillon Général de Novalis. Volontairement inachevé et chaotique, ce livre est déjà en soi une aventure extraordinaire. Si tu vas sur http://www.oeuvresouvertes.net/autres_espaces/novalis1.html, tu peux lire ceci : « Le poète tente de rassembler et d'harmoniser les sciences et la littérature, la raison et la religion, la perception du détail et l´infini auquel il participe, en développant en effet une sorte de « chaologie ». Et on se rend compte que le Brouillon est en fait une suite d'exercices pour dégager une nouvelle logique susceptible d'articuler les éléments contradictoires. Le savoir et la vie doivent se confondre, de là découlerait cette " religion de l'univers visible " que Novalis appelle de ses voeux ». Mais quittons les abysses du tout premier romantisme allemand pour retrouver notre plongeur naturaliste. Il faudra attendre 1986 pour que d'autres descendent aussi profond que lui explorer les Bermudes, d'autres découvrent alors les merveilles qu'avait vraiment vues Beebe, et alors seulement une soixantaine d'années plus tard, la science admet enfin ses découvertes. Tu vois, c'était vrai. J'ai lu ça dans Vers l'inconnu, 40 siècles d'exploration, Nathan Image, William Beebe,
c'est un texte de Thomas B. Allen qui dit s'être inspiré de la correspondance entre William Beebe et la National Geographic Society et d'un de ses livres Half mile down. Donc, non, je n'ai pas inventé cette aventure, calme-toi, oui, l'invention est ailleurs et je le répète, rien de tout ça n'était prévu. C'est de ça dont je te parle. Mais ce n'est pas tout. Pierre Lagarde en parle très bien dans son livre Circuit des tropiques, 1937, éditions Baudinière, lorsqu'il décrit les préparatifs de voyage d'une jeune femme. Une jeune femme qui s'embarque à Marseille, en direction des Indes et qu'est ce qu'il dit ? Non, ce n'est pas ce qu'il dit. Qu'est-ce qu'il dit ? Il se fait la remarque que cette dame a dû faire organiser son périple par une agence de voyages parce que ses malles sont remplies de guides et de cartes. Et ? Et que tant pis pour elle. Et que donc ? Et que donc elle n'obtiendra que ce qu'elle cherche. Non justement pas « ce qu'elle cherche » mais « que ce qu'elle cherche », elle n'obtiendra « que ce qu'elle cherche ». Et lui il aime mieux partir à l'aventure. Columbo d'abord, les Indes ensuite. Et après on verra …
On verra quoi ?
C'est ce qu'il dit « Et après on verra … »
Et toi qu'est-ce que tu vois ?
Attends.
Et si tu fermais les yeux.
Je veux écrire ceci seulement ;
Je me demandais à propos d'« habiter l'aventure » …
Bikaner se trouve au fin fond du désert,
Bikaner ?
Mircea Eliade, L'Inde, Méandres & L'Herne, 1988.
Ah.
On y arrive après 10 heures de chemin de fer dans les sables et tout y est rouge. Du rose au pourpre.
Dingue…
Bikaner est la montagne magique de Sindbad le marin. Rien en Inde ne m'a plu autant que cette merveille, unique, inimaginable. De mon bonheur, je ne transmettrai pas plus que ces quelques lignes d'un carnet de voyage. Je ne parlerai de Bikaner à personne. Jamais.
Arrête, ne me fais pas rire.
Ce n'est pas …
OK mais laisse-moi vérifier que tu es bien là.
Non, non, attends, aïe.
Quoi ?
Ce n'est pas fini.
Ah tu veux bien en parler finalement …
Bikaner apparaît d'un seul coup, surgissant de l'espèce de brume vers laquelle on se dirigeait depuis dix heures, altière, des créneaux sur la montagne, tout en cuivre. Du rose au pourpre. Bikaner est la montagne magique de Sindbad le marin. Rien en Inde ne m'a plus autant que cette merveille, unique, inimaginable. De mon bonheur, je ne transmettrai pas plus que ces quelques lignes d'un carnet de voyage. Je ne parlerai de Bikaner à personne. Jamais.
Tu te fous de moi …
C'est la traduction de 2013.
Délire, mais tu sais que tu frisouilles un max, là !
Arrête avec cette histoire de frisouille.
Mais c'est toi, c'est toi qui a commencé avec ça !
Jamais de la vie.
C'est toujours pareil, tu m'embrouilles et tout s'emmêle !
Je peux te coiffer, juste un peu ?
Désir du lisse ?
Aïe, non, lâche-moi, allez !
Le lisse ça avantage dans une soirée prestige.
Arrête, non ! Franchement, je ne sais même plus qui parle.
C'est pas net.
C'est toi ou c'est moi ?
C'est pas net je te dis.
Qui a commencé ?
C’est pas le clown ?
C'était pas un clown.
Ah non ?
C'était juste un vieux marrant qui parlait à des enfants dans le bus.
Je peux rouvrir les yeux maintenant parce que là, tu vois, je ne suis pas sûr, enfin, je me demande si je ne dors pas déjà.
Je rêve …
Quoi ?
T'es sérieux ?

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Curlylocks
Lætitia Paviani, 2014

Hey there
...
Oh, hello
...
Hi
...
Hey, that’s mine.
No!
It is mine.
Give it to me.
No!
But it’s mine.
No!
I am three years old.
No, you’re not.
I’m three years old, don’t you believe me?
That’s not what three years old is.
I am three years old!
That’s not true!
Yes it is, I’m three!
No way!
Is it true or is it not?
There’s no way!
You don’t believe that I’m three? (Starts to pout). I’m going to cry.
hahahah!
My name is Little Kiki (heart-shaped mouth).
Hahaha! No!
My name is Little Kiki! (heart-shaped mouth).
Hahaha! No way!
I am sleeping. (Closes eyes) (Reopens eyes) I am sleeping.
Nooo...!
I am asleep. (Closes eyes)
Nope...!
Ahhh, now I am awake.
Hahaha!
Hello.
...
Hey there.
...
Hello.
...
So that’s all I get out of Curlylocks.
An old man makes children think that he is three years old and his name is...what was it... Little ...Kiki?
Yeah, but that’s not all. That’s just where this surprising little conversation has led us, but now try to imagine that I am the one who is Curlylocks.
Okay, fine.
Imagine.
Alright.
I am a lock of hair. A lock of curly hair, frizzy hair.
Ah.
I am the charming ringlet everyone loves, right?
I suppose you are.
I am a cycle a detour a loop a wanderer I am an infinite line that constantly turns and rolls around itself I am a squiggle out for adventure ready for adventure on its own a messy scribble out there on its own headed for a downy destiny of softness I am dense and wooly I am a tuft in fusion can you see me here I am over here I am all messy I am always a mess here I come I am on my way there and you...
I see where you’re going.
But you...
Yeah, me, let me guess, I am Stickstraight, severe lines, lines that cross something out, strict lines, straight to the point, no frills, boring, et cetera.
That’s right but me I continue on my journey I am relaxed I am defined in space even when I’m talking to you like this you can see how relaxed I am how well defined I am I see you I am coming towards you and I can tell that you cannot see very well but well enough to see me coming yes I see perfectly well I can see all around me in front of me and even behind me I am turning and I see all around as I turn round and round I am turning turning turning I am turning around and it’s fun hahaha I am having so much fun I am curling up I am frizzing up turning around and relaxing again and crimping and curling and wow it is ridiculous what I can get away with what I can do whoosh woof shling shling oh how fun this is zip this is so much fun zip squig squiggle whoops...
Fine, but what do you see?
Everything that’s right haha everything I see everything and all at once everywhere in all directions my field of vision is infinite my field of possibility that’s right anything is possible infinite possibilities from here and on all sides I am turning and turning and running into the field whoops whoops of possibility whoops I am turning whoops in the field I see possibility everywhere everything comes my way and I go everywhere I go every which way I am coming to you very close to you I am turning around you I can see all around you I can see everything about you all about you how straight you are everything straight about you and it’s all here all straight all pin straight whoopsie daisy squiggly wiggly
Okay stop!
I cannot not now I cannot anymore I cannot stop now not anymore ha ha squiggy wiggly wee!
Then forget it, you are really getting on my nerves.
whoops whoopsie fizz fizz fuzz
What is this Curlylocks story all about, anyway?
Just a second OK that’s better yeah this is better here we go that way I can stop that’s better alright I am under control I can deal I can go slowly like this you know like this I am turning slowly like this see that’s better I can do better, can’t I?
Yes, yes, that’s better, but it is still very, very irritating.
Oh now stop oh now stop complaining oh all the time oh whizzz
No, you stop, you always manage to get the best part the best role the good guy, the coolest the one who has all the fun.
That’s not true that is not at all true no it’s not true at all whoops here take my hand whoops hold my hand hold on tight so I can stop turning yes like that look let’s take a look like that let’s look at a list a list of words a list of words that goes with straight hair and curly hair what do you say you there strickstraight you say you say you say discretion you say chic you say elegance you say beauty.
Hmmm...
yes it’s true and yes you also say smooth you say modern you say hygiene you say tidy and "straight hair reigns at prestigious cocktail parties!" Ah, and you say long oh how elegant and desirable too, and yes you say loud and proud "the desire of straight!"
Please, stop.
But curly hair what does curly hair say well curly hair says indocile it says slave it says poor working class it says "shrub-head" it says weed it says "helmet-head" it says shaggy shabby moppy it says archaic and it says savage and it says undesirable and it swears and it spits "rejection of frizz" so who is woof the good guy now?
I stopped listening, I can’t hear another word.
Fine if that’s the way you want it I will take this opportunity to tell you the story of Susan Straight published in a 2002 edition of Reader’s Digest told by the sociologist Juliette Smeralda from Martinique who drew up two lists of words, the words I just gave you, words associated with straight and curly hair that she collected during research for her book From Straightened to Curly Hair, Publibook Editions, Paris, 2012, in which she quotes Susan Straight.
...
Either that or...
...
Would you rather I...
...
Maybe you prefer that I explain how I...
...
explain how I give definition to my curls because people often ask me what I do to define my curls.
...
Alright then, I am happy to let you in on the secret of how I define my curls: every month I do a deep conditioning mask which relaxes my curls, defines them, gives them buoyancy and strength. Then once a week I soak my curls in a hot oil treatment which lets me untangle my hair and redefine my curls. In the shower I do the scrunching method, which I have been doing for a year now. This method does wonders to define my curls, I highly recommend it. Otherwise, every three days, I apply a capillary curling spray with the scrunching method, which I strongly advise doing. It not only controls the frizz, but maintains and redefines the curls. Well, you are probably thinking that it must take forever to do all that! But no! In reality it’s not long it takes no time at all. In any case, the time you spend defining or redefining your curls is never a waste but a pure moment of...
Stop! The other one. I prefer the other one.
Fine, if that’s the way you want it. So, one day, in summer, it takes place in summer, Gaila, one of Susan Straight’s three daughters, there’s Gaila, Delphine and Rosette, all three are racially mixed with kinky hair and their mom, Susan Straight, is white and blond with straight hair, so one day Gaila comes home from a birthday party where she spent all afternoon playing in a swimming pool. She is crying her eyes out because her hair has shrunk up to nothing, when normally her hair is long, down to the small of her back long, and now it is so knotted up that it barely touches her shoulders. So someone goes and gets Julie, the neighbor from across the street, who knows how to braid and untangle because she was the only white girl on the track team of her Texan highschool and all five of them, all crowded on the small back porch, Gaila, Susan Straight, Julie the Texan neighbor from across the street, Delphine, and Rosette, seem to be packed together as tightly as the curls on Gaila’s head. So Susan and Julie start in on Gaila’s spongy nappy mass. They separate each curl with a comb, with Gaila wimpering, Delphine holding her hand, and Rosette singing. And all the while, do you know what they do, the five of them, all huddled together on the back porch? They untangle and tangle up their gossip, they chit-chat and interweave their stories. For example, Julie just finished reading a book about Henri VIII and his six wives. So if you were a woman alive at that time, you would either be sick, pregnant, dead, or locked up in a tower somewhere, adds Delphine wistfully, whereas Gaila exclaims between breaths and wincing in pain, that she is so relieved to be a woman alive today in our times. Rosette loves princesses and there is nothing anyone can do about that. Julie sips her iced tea, and what about Susan Straight? Well, she feels Rosette’s hand on her thigh, Gaila’s shoulders against her knees, and Delphine’s breath down the back of her neck. And while all those fingers keep on weaving, braiding, Susan realizes that she is aware of every single thing being woven during every single moment spent there together braiding on the back porch, weaving, unknotting frizzy matter, curly hair, can you see what I am getting at, do you see where I’m going with this?
It’s still a bit vague.
That’s too bad because: The joy of watching and understanding is the greatest gift of nature.
Oh, no, not that!
Learn from yesterday, live for today, hope for tomorrow.
No, no please, anything but Einstein quotes!
The most beautiful thing we can experience is the mysterious. He to whom this emotion is a stranger is as good as dead: his eyes are closed.
I beg you to stop, please, let’s hear the end of the Curlylocks story.
brainyquote.com
What?
Which story?
You know which story! You’ve been beating around the bush for over an hour now. I can’t get a word in.
I don’t know what you are talking about, what bush?
You know what bush, you beat around it, around and around and whoops, you slip, whoops.
So what?
Give me that!
Nope.
Give me that!
No way, it’s mine! Ouch!
I’ve got it!
Give it back!
Now what is the matter? You’d better stop whining, it is mine now. What is it? Is it a story?
What do you mean, no? Even though it makes no sense whatsoever, it still seems to be telling something. Wow! Look at that. Over there, too. It’s as if there’s a view from afar. I’m going to tell you everything I see. Yes, indeed, and why not? Of course I’ll make it up as we go along. Now we’re talking! What do you mean you can’t hear? Just listen to me. "The beginning is where adventure begins", said Jankelevitch in Adventure, Boredom, and Seriousness, yes, I know it sounds like a western, but it is actually a book he wrote in 1973. To him, adventure, boredom, and seriousness are three very different ways of considering the notion of time. "Across the endless desert, in boredom’s suffocating eternity, adventure confines its lovely oasis and hidden garden; but also contrasts the principal of an instant to the long duration of seriousness. In becoming serious, do we not leave these intense episodes behind for the spiritless prose of everyday life, these condensations of duration out of which form an adventure time-lapse?" Relax. Close your eyes, you’ll understand later. May I continue? So, for some people, adventure time is immediate, whereas others find it much longer, which is Tatiayna Sauvy’s viewpoint when writing "The Drug of Living in a Forest", taken from Woman Among the Headhunters, 1934. Here’s how she explains it: "Out of the fatigue caused by fever, leeches, exhaustion from chronic insomnia, heat, and insect bites, there is a total relinquishment to the monotony of time passing, similar to the effect of opium. How can we escape the daily agony of solitude when our preoccupations are limited to basic animal instincts? Having been rocked drowsy by the canoe since dawn, by the drone of chanting, by the somnolence of anemia, nightfall often brings the reflection: Already! Despite a ten-hour journey, the boat’s oars have already reached the floating trees off shore.." For Saury, adventure time is painstakingly long and slow, for Jankelevitch, it is experienced in the present and hardly significant. I’m one to believe that adventure time is both, in one continual loop, a scribble, like here, spiraling around itself in the time of an instant, forming an infinite spring. I reckon that real adventure stretches beyond limits, nevertheless at the heart of the twisted, tangled-up story we tell, of the memories we have, kinked within a tightly-knit time frame. You must keep in mind that adventure is, above anything else, unforseen, unexpected, something we cannot predict or see coming. Are you listening? Good, let’s see what comes to mind. Here we go. Back when he was a child... you want to know if this is a true story? I can’t rightly say, we’ll just have to see. So... When he was a child, William Beebe disappeared most afternoons... Wait, I have to find the right tone. When he was a child... Quiet! I can’t concentrate if you keep doing that... Okay, fine, are you ready? Here goes. When he was a child, William Beebe disappeared most afternoons in order to contemplate the setting sun and write about it in his journal. He was a queer little boy. One day he came running home, breathless. Concentrate. Completely out of breath. In terror. He had been struck with the sudden awareness of solitude while watching a flying kite. Everything as he knew it had changed, and the world was yet to discover and describe. Which was precisely what he tried to do in desperation for the remainder of his life. In 1926... no, wait, in 1925, endowed with a mask and scuba for the first time, Beebe discovered in the waters around the Galapagos Islands, and this is what he wrote in his journal, the journal he had kept since his childhood, he wrote that he discovered "underwater landscapes and creatures whose beauty and mystery rivals those already seen on land". It marked the beginning of what became a life-long career in marine exploration. Now where was I? I can’t see where I am. Here, I’ll take it from here. In 1928, he had a vehicle built for his expeditions, the Bathysphere, a round pod made of steel with a quartz window seven centimeters thick, in which he could reach depths that no one had ever reached before. Go ahead. Imagine and describe something you have never seen before that doesn’t even compare to anything you have ever seen, down in the depths where no one has ever been to, that’s right, something that no one before you has ever seen, and then, at that very moment, you are not sure about what it is you are seeing, which is perfectly normal. So what do you do? Well, you close your eyes with it there in front of you, then you reopen them and check that it’s still there. Then what? Then you have to choose words to describe what you see, you have the choice between a body of technical terms and the picturesque romance of your very own vocabulary, inspired by personal sensations. Then you go back, close your eyes, reopen them, loop back around and observe once again. You are now sure that it still exists, that you are still in front of it, you, the animal, you the sensation, you the thing you are trying so desperately to reach. William Beebe was better at it than anyone and he tells us more in his log: "I closed my eyes or I looked elsewhere in the bathysphere to keep from mistaking the thing that I had just observed for the thing I had been searching for from my memory, or with an entirely new vision that could suddenly take me by surprise." He simply stopped observing to see more clearly, to understand more fully.He stopped being in control, watching over himself, he kept closing his eyes to be sure that he had seen something. Cover to more fully discover. For him, observing the unknown was not going directly to it, or even seeing it clearly. Let’s go back to the image of the oasis as proposed by Jankelevitch. An oasis is often associated with a hallucination, an unreal mirage, a long-awaited paradise, a relief after a drawn-out and laborious journey, whereas oasis simply means "living space", which is not incompatible with the idea of adventure if, in order to "live the adventure", as Beebe does, we only have to close our eyes. Where was I? Oh yes, here we are, most people questioned Beebe’s accounts, as colorful as they were, drawn out of his eccentric emotions, like this review, for example, written for a magazine specialized in ichthyology and herpetology: "I am led to believe that the author saw nothing more than a phosphorescent coelenterate with the light and colors embellished by condensation on the quartz window from Mr Beebe’s breath, as a result of his panting against it in a state of overeager impatience." Beebe had dealt with this kind of sarcasm from scientific critics all his life, but when you consider deep down what this one says, you end up with the same quandary. Trouble and impatience produces doubt, which is perceived as the long-awaited vision, a completely new reality. Blurriness and over-enthusiasm interfere with the discovery, and you can imagine the result: haziness within the haze. It wasn’t until 1986 that another human being descended to the same depths as Beebe had in the Bermuda Islands, when others discovered the same mysteries that Beebe had seen some sixty years before, and science could at last confirm his discoveries. Now you know it was all true. As a matter of fact I read about it in William Beebe: Into the Unknown, the story of Exploration, a text written by Thomas B. Allen, said to have been inspired by Beebe’s correspondence with The National Geographic Society, and one of his books Half Mile Down. So, no, I did not make this adventure up, calm down, make-believe can be found elsewhere, not here, and I repeat, all of this has been completely unexpected, which is precisely what I’m talking about.
Hang on.
If you close your eyes.
I am compelled to write this one thing;
I was wondering about "living the adventure"...
Birkaner ends up in the middle of a vast desert,
Birkaner?
India by Mircea Eliade, (Méandres & L’Herne, 1988.)
Oh.
We finally arrive after a ten-hour train ride across the sands, and everything is red, with hues from pink to purple.
Crazy...
Birkaner is Sinbad the Sailor’s magic mountain. Nothing in India delighted me as much as this wonder, unique, unimaginable. The expression of my happiness will be limited to these few lines from my travel journal. I will never bring up Birkaner again to anyone. Ever.
Stop, don’t make me laugh.
That’s not...
Whatever, now let me check if you are still with us.
No, no wait, ouch...
What?
I haven’t finished yet.
So you’re ready to bring it back up after all...
Birkaner appeared all of a sudden, popping out from behind a sort of haze we had been following for the last ten hours, proud, a mountain crowned with copper. With hues from pink to purple. Bikaner is Sinbad the Sailor’s magic mountain. Nothing in India delighted me as much as this wonder, unique, unimaginable. The expression of my happiness will be limited to these few lines from my travel journal. I will never bring up Birkaner again to anyone. Ever.
You really are pulling my leg...
Taken from the 2013 translation.
It’s ludicrous, but do you know how much you’re curling up right now?
Stop, enough about Curlylocks.
It was you! It was you who started it!
Nonsense.
Once again, you pull the wool over my eyes and everything gets messed up!
So can I do your hair, just a little?
Desire to go straight?
Ouch, no, stop it, let go!
Straight hair reigns at prestigious cocktail parties.
No! Stop! Frankly, I don’t even know who is talking anymore.
It’s not clear.
Is it you or is it me?
I said it’s just not clear.
Who started it?
Wasn’t it the clown?
That wasn’t a clown.
Are you sure?
It was just a funny old man who was talking to kids on the bus.
Can I open my eyes now because, you know what, I am just not sure. I mean, I am wondering if I am not already asleep. Get outta here...
What?
Are you serious?